Les DRH, premières lignes du front Covid-19.

Ce lundi 9 mars, les économistes de l’ONU ont estimé que l’épidémie du virus Covid-19 pourrait provoquer entre 1 000 et 2 000 milliards de dollars de pertes au niveau mondial[1]. En France[2], les grands groupes français ont estimé à plus d’un milliard d’euros de pertes les impacts financiers du virus à la fin du mois de février, qui n’épargne aucun secteur d’activité. Pour aider les entreprises, Bercy a annoncé un certain nombre de mesures : report de charges sociales, dégrèvements d’impôts, recours au chômage partiel et renfort de la BPI auprès des PME et entreprises de tailles intermédiaires.

Au-delà de ces dispositifs étatiques d’aide, il appartient donc aux entreprises de prendre des mesures radicales afin de maintenir au maximum leur niveau d’activité et éviter une catastrophe financière. Dans ce contexte, les Directions des Ressources Humaines se trouvent en première ligne, à la fois dans leur capacité à identifier les fonctions vitales nécessaires au maintien de l’activité tout en respectant le cadre légal.  

Les Directions des Ressources Humaines sont au cœur de la stratégie de « résilience opérationnelle » des entreprises  

La crise actuelle doit amener les entreprises à réfléchir sur une vision à long terme quant aux ressources essentielles qui vont permettent de maintenir une activité suffisante pour assurer la survie de l’entreprise.

Sur cet enjeu, les DRH ont un rôle capital à jouer en se positionnant comme le contributeur majeur à l’élaboration d’un Plan de Continuité de l’Activité (PCA) afin d’apporter une réponse quasi-immédiate à des bouleversements majeurs, mais également en proposant une vision claire et précise des compétences clés, ainsi que de leurs détenteurs, pour assurer un fonctionnement de l’entreprise, même en mode très dégradé.

Avant même l’arrivée du Covid-19 et suite aux précédents risques de pandémie (H5N1, SRAS, etc.), seulement 34% des entreprises avaient déjà intégré la « résilience opérationnelle » comme objectif stratégique pour 2020. Ce chiffre devra obligatoirement augmenter aux vues de la pandémie actuelle et du risque de récurrence pointé notamment par les industriels de la santé.

Il est important de noter que jusqu’à présent, les entreprises qui avaient mis en place des PCA étaient des entreprises industrielles ou reconnues comme OIV (opérateurs d’importance vitale) : producteurs d’électricité, gestionnaires des déchets, banques… Aussi, chez Renault par exemple, une cellule de crise est tenue tous les jours en fin de journée ; EDF se tient prêt à activer son plan pandémie, conçu pendant l’épidémie de grippe H5N1, qui permet de faire fonctionner les centrales avec un nombre restreint de salariés[3].

L’ampleur que prend la crise sanitaire aujourd’hui montre que tous les secteurs d’activités sont impactés : nous assistons à un changement de paradigme qui a pour conséquence la nécessité pour l’ensemble des acteurs économiques de prendre des mesures pour limiter les impacts économiques. Les entreprises doivent ainsi mener un travail de priorisation de leurs activités et identifier les fonctions à maintenir en priorité, celles pouvant être effectuées à distance (télétravail), celles devant être suspendues, ainsi que celles devant être potentiellement crées pour faire face à l’épidémie.

La fonction RH se trouve de fait propulsée en « chef d’orchestre » de ce travail stratégique de « résilience opérationnelle » et doit être en mesure d’aiguiller et d’appuyer les directions techniques et opérationnelles dans la mise en place de PCA. L’élaboration de celui-ci s’articule ainsi autour des démarches GPEC engagées au sein des entreprises, et la DRH doit ainsi permettre de :

  • Valider des dispositions prises en matière d’organisation du travail et de reprise d’activité, au regard des dispositions légales, réglementaires et conventionnelles ;

  • Communiquer sur la gestion de la crise et le PCA auprès des collaborateurs et des représentants du personnel ;

  • Former et accompagner opérationnellement les collaborateurs aux situations de crise et aux dispositions prises pour assurer leur sécurité ainsi que la pérennité de l’entreprise.

 

La démarche de mise en place de PCA confirme l’évolution qu’ont pris les DRH ces dernières années en tant que Business Partners et conforte leur position stratégique dans la capacité à sécuriser l’operating model des entreprises.

 

 

[1] https://www.lefigaro.fr/flash-eco/coronavirus-une-crise-qui-pourrait-faire-perdre-au-monde-jusqu-a-2000-milliards-de-dollars-estime-l-onu-20200309

[2] https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/03/04/coronavirus-les-entreprises-francaises-ont-deja-subi-1-milliard-d-euros-de-pertes_6031794_3234.html

[3] Dossier « Coronavirus : les entreprises passent en mode commando » - Les Echos, 10.03.2020

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