Les actions et les adaptations des acteurs du transport sanitaire pour faire face à la pandémie.

Le contexte du Covid-19

Au 2 avril 2020, on comptait 344 patients transférés de la région du Grand-Est vers d’autres régions françaises où les capacités d’accueil n’étaient pas encore saturées, mais aussi vers l’Allemagne, le Luxembourg, et la Suisse. Le rôle joué par les transporteurs sanitaires publics, associatifs et privés (dont Keolis Santé, Transdev via Santé Mobilité Services, ou le groupe VYV) devient prépondérant. En plus d'assurer l’acheminement des patients aux services d’urgences, ils deviennent les acteurs d'un plan inédit de transfert de patients à l'échelle nationale et internationale.

Le transport sanitaire en France

Jusqu’en 2019, le marché du transport sanitaire en France connaissait une croissance annuelle d’environ 3,5%. A l’échelle nationale, il représente une dépense de 4 milliards d’euros avec plus de 57 000 professionnels de santé.

Parmi ces professionnels, on distingue trois grands secteurs associés à des statuts d’ambulanciers différents :

  • Le secteur associatif : au service d’organismes particuliers avec notamment la Croix-Rouge ou encore la Protection Civile ;

  • Le secteur public (ministère de la Santé) : avec le SAMU/SMUR. Leurs missions s’opèrent de services à services (transferts de patients) ;

  • Le secteur privé (ministère des Transports) : il s’agit de sociétés privées dont les missions se scindent en deux catégories, les interventions programmées et les interventions non-programmées, en collaboration avec le SAMU ou des centres hospitaliers.

 

Ces trois secteurs sont aujourd’hui des acteurs essentiels dans la crise du Covid-19.

Nous publierons dans les jours à venir différents articles sur le secteur du transport sanitaire.

Le panorama des modes de transport spécifiques au COVID-19

Traditionnellement, les transporteurs sanitaires classifient leurs véhicules selon deux catégories : les véhicules permettant un transport allongé (les ambulances), ou les véhicules permettant un transport assis (les VSL pour Véhicule Sanitaire Léger et les taxis). Ce dispositif, moyennant quelques cas d’utilisation d’hélicoptères, permet de répondre à la demande habituelle.

Cependant, le contexte actuel de Covid-19 implique d’utiliser des moyens exceptionnels de transport, dont les caractéristiques telles que la capacité d’accueil, la vitesse, ou encore la portée (étroitement liées à la distance moyenne d’un trajet) deviennent fondamentales.

Les surcharges des services hospitaliers de réanimation impliquent le transfert de patients gravement malades et déplaçables via des moyens civils comme militaires.

Cartographie des principaux transferts

Classement par mode et nombre de patients

Les adaptations et optimisations spécifiques au contexte Covid-19

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette crise sanitaire entraîne une forte baisse d'activité, de l’ordre de 70% en moyenne. Cela s’explique par le report des opérations programmées et non-vitales (hormis pour les cas de chimiothérapie ou de dialyse). Seules les urgences sont actuellement traitées ce qui représente d’habitude environ 30% de l’activité de transport sanitaire.

Bien que les urgences représentent actuellement l’unique activité des transporteurs sanitaires, elles ne peuvent être traitées selon les mêmes procédés organisationnels qu’en temps normal. 

Deux composantes stratégiques fondamentales doivent davantage être intégrées par les transporteurs sanitaires : d’une part une optimisation opérationnelle via des refontes logistiques et des réductions de coûts et d’autre part une gestion de risques via des adaptations sanitaires.

Sur le plan de l’optimisation opérationnelle, les flottes et les tournées sont mises à jour, à l’échelle du trajet. Les transporteurs sanitaires organisent les soins avec les établissements de santé pour permettre une prise en charge simultanée des patients testés positifs au Covid-19. Les commandes de transport sont centralisées pour atteindre un volume de transport propice à leur rationalisation. Cette gestion du transport partagé fonctionne avec une optimisation des flux (cartographie des missions, état de ces dernières, correspondance avec le processus de nouvelles commandes).

On observe également une optimisation fine des ressources au sein des établissements et chez les transporteurs avec notamment :

  • La mise en place de procédures qui assurent la complétude des pièces et des informations nécessaires au bon déroulement de missions (sorties hospitalières, etc.) ;

  • Les révisions des processus de gestion de stock ;

  • La mise en place de gardes de jour et de nuit spécifiques au Covid-19 en plus des gardes habituelles.

 

Enfin, sur le plan de la gestion des risques, les sociétés mettent en place de nombreuses mesures visant à la protection de leurs ambulanciers. Ils sont en effet les premiers exposés à une éventuelle contamination et ne sont pas toujours protégés par des masques. Les véhicules sont donc aménagés pour faire face au Covid-19 avec en plus des appareils d’assistance respiratoire, du film plastique installé sur tous les sièges et dans la cabine, ainsi qu’un calfeutrage des parois par du film de protection. Une fois le transport achevé, les éléments jetables sont enlevés et le reste du véhicule est désinfecté.

De telles mesures impliquent obligatoirement une optimisation des processus de désinfection :

  • Revue des plannings de désinfection des véhicules ;

  • Mise en place de protocoles qualité supplémentaires ;

  • Gestion des stocks correspondant au matériel de désinfection.

 

Si la pandémie représente un défi de taille pour les grands acteurs du transport sanitaire, elle représente une menace pour l'équilibre financier des TPE et PME du secteur, en raison de la baisse d’activité. Une potentielle concentration du marché en sortie de crise sanitaire est donc à envisager.

 

Sources: solidarites-sante.gouv.fr, lemonde.fr, jussieu-secours.fr

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