Le COVID-19 n’arrêtera pas les marchés boursiers de fonctionner !

Les séances boursières se suivent et se ressemblent : rien ne semble pouvoir arrêter le rallye baissier qui s’est propagé depuis plusieurs jours sur les places financières. A tel point que certaines voix commencent à s’élever en faveur d’une fermeture temporaire des bourses afin d’enrayer la chute interminable des cours, mais est-ce vraiment là la solution ?

La crainte des investisseurs, vis-à-vis de l’impact du virus Covid-19, sur l’économie ces dernières semaines a fait plonger les marchés : le CAC40 après avoir dépassé les 6000 points courant décembre 2019, une première depuis juillet 2007, affichait un triste niveau de 3881 points à la clôture du 16 mars 2020. A l’instar de l’indice parisien, tous les indices mondiaux ont plongé, à l’image du Dow Jones qui a chuté en une seule séance le jeudi 12 mars 2020 de -9,99%, sa plus forte baisse depuis le lundi noir de 1987. Les annonces en chaîne des banques centrales, qui tentent de rassurer les marchés, ne semblent pas amorcer de rebonds durables. Les baisses des taux directeurs aux Etats-Unis et le programme de rachat de 750 milliards de la BCE n’ont provoqué que de simples corrections sporadiques dans ce contexte de marché extrêmement volatile et pessimiste. La tendance est si forte que de plus en plus la piste de la fermeture des marchés apparait dans les esprits. Le 16 mars, elle a même gagné le gouvernement philippin de Rodrigo Duerte qui a décidé de suspendre la bourse philippine sans préciser sa date de réouverture.

UNE DECISION EN TROMPE L’OEIL

Bien que la panique se soit emparée de façon certaine des marchés, rien ne semble indiquer des niveaux de prix décorrélés de la réalité. L’extrême volatilité des cours ne révèle pas de dysfonctionnement majeur des marchés financiers puisque la liquidité et les volumes ne se sont pas taris. Ces deux éléments permettent d’apprécier que les opérateurs sont toujours actifs dans ce contexte de forte incertitude. Une fermeture des marchés ne semble donc pas justifiée dans le cadre d’un marché au fonctionnement efficient et dans lequel les prix ont des niveaux cohérents avec la réalité économique correspondante.

En 2001 suite aux attentats du 11 septembre la bourse du New York avait effectivement fermé pendant 4 jours. Cependant la raison de cette fermeture était d’ordre technique car l’accès au marché n’était pas assuré pour tous les investisseurs ce qui avait conduit les autorités à suspendre les opérations.

DES PLACES FINANCIERES INTERCONNECTEES

Par ailleurs il convient de réfléchir à toutes les conséquences qu’aurait une fermeture des marchés. Elle permettrait a priori d’enrayer artificiellement la chute des prix, bien que cela reviendrait à appliquer une politique de l’autruche. En effet la crise économique ne serait pas stoppée pour autant.

Toutefois bien d’autres conséquences et limites inhérentes à une fermeture des marchés sont à souligner et à mettre en avant. D’une part la fermeture du marché ne peut pas être réelle si l’ensemble des marchés européens ne se coordonnent pas et ne ferment pas tous ensemble. La mise en concurrence des entreprises de marchés par la Directive MIFID a ouvert la porte à la multi-cotations des plus grandes valeurs. La suspension sur un marché ne ferait que déporter les transactions sur un autre. Les OTF et les internalisateurs systématiques maintiendraient leurs cotations pour offrir de la liquidité. De plus, le trading algorithmique, souvent pointé du doigt lors de flash crack, n’a pas accentué les mouvements violents de correction.

Si nous revenons aux bases d‘un marché boursier, il est là pour assurer la liquidité et permettre aux opérateurs de pouvoir traiter sur tous les produits négociables. Nous pouvons même constater que la stabilité du système est assurée puisqu’aucun défaut d’un opérateur n’est à constater. Les chambres de compensation jouent leur rôle et les appels de marge et garanties sont ajustées en conséquence pour sécuriser l’ensemble des intermédiaires financiers et des petits porteurs.

Aujourd’hui, les places financières fonctionnement et la liquidité ne se tarit pas même si elle oblige les intermédiaires à devoir rechercher de l’argent frais en grande quantité pour couvrir les appels de marge avec des titres liquides comme les obligations d’Etat et l’or (dont le cours recule du fait des ventes massives contrairement à sa fonction de valeur refuge).

DES GARDES FOU SONT EN PLACE

Le régulateur a supprimé le monopole des places de marchés nationales qui sont devenues des entreprises cotées en bourse. Bien évidemment, ces entreprises sont extrêmement surveillées et contrôlées par les autorités bancaires et des procédures sont en place en cas d’évènement exceptionnel. En effet, Des « coupes circuit » sont déjà mis en place sur les principales places boursières. A Paris cela se traduit par la suspension momentanée de la cotation de chaque valeur du CAC40 si elle recule de plus de 8 % (10 % pour le SBF 120). La durée de la suspension est de trois minutes lorsque ce seuil est touché une première fois, puis de dix minutes s’il est de nouveau touché une fois la cotation reprise. En parallèle de ces processus, l’AMF peut aussi décider de suspendre les ventes à découvert sur des valeurs en forte chute afin de ne pas encourager la tendance. C’est ce qu’elle a fait lors de la séance du 17 mars sur 92 valeurs. Cette décision a été étendue dès le lendemain à toute la valeur pour une durée d’un mois, qui reste à confirmer. Ces interventions ponctuelles constituent la vraie réponse à la question du bon fonctionnement des marchés car la véritable problématique est que la circulation de l’argent se grippe. Si les établissements financiers n’assurent plus la liquidité c’est tout le système financier mondial qui serait dans la tourmente et pour l’instant nous n’en sommes pas encore là.

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