Le coronavirus confine le système bancaire.

Alors que la diffusion du Covid-19 s’accentue en France et en Europe, l’activité économique est maintenant paralysée ce qui entraînera une récession de l’économie en 2020. Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances, a prévenu que la France devrait entrer en récession et connaitre une croissance de - 1% en 2020 contrairement à la prévision initiale de 1,3%. Cette récession devrait toucher toute l’Europe totalement paralysée. Dans le monde, les marchés connaissent une baisse sans précédent.

Les banques, en tant que contrepartie de référence des acteurs économiques se retrouvent en première ligne pour catalyser les effets de cette crise. Ainsi, leurs activités se retrouvent sous pression à plusieurs égards :

La baisse de la croissance impacte directement toutes les activités bancaires

Au niveau des activités corporate, la baisse des échanges internationaux va peser sur les activités de change, de paiement et de trade finance. Les demandes de financements à moyen et long terme devraient diminuer en raison de la paralysie des investissements à prévoir. Cette activité risque d’être contrebalancée par une hausse de crédits de trésorerie. A terme, les restructurations de dette risquent de diminuer les marges initiales.

Au niveau des marchés, la volatilité affecte l’activité. La hausse des primes de risque bancaires pèse sur le refinancement interbancaire et obligataire. De plus, la forte baisse du cours des actions bancaires complique l’accès au marché pour elles et en application des normes IFRS, elle s’inscrit directement dans les comptes.

Au niveau de la banque de détail, la consommation de précaution va peser sur la souscription de produits bancaires et donc sur les commissions. Elle entraine une baisse de la demande d’épargne et les crédits liés aux projets de vie (voiture, travaux, prêts personnels…). Cela impactera fortement un secteur déjà en difficulté. Par ailleurs, cette activité supporte des coûts fixes élevés quel que soit le niveau de demande.

Soutien à l’économie

En plus des mesures fiscales prises par le gouvernement, les banques sont appelées à soutenir toutes les entreprises. Les remboursements de crédits sont suspendus durant la crise. Par ailleurs, une pression à la relance économique tend à développer le crédit de trésorerie. Cela présente naturellement une pression sur la qualité des portefeuilles de prêts bancaires et implicitement une hausse des provisions pour risque de crédit.

En compensation, Bruno Le Maire a demandé un allongement de la durée de 90 jours pour les retards de paiement et le passage en « non performant ». Christine Lagarde, présidente de la BCE, a présenté des facilités de refinancement pour les banques avec notamment le LTRO, sans vraiment convaincre le marché. La pression pour faciliter les modalités de refinancement des banques auprès des banques centrales devraient s’accroître.

Coûts opérationnels en hausse

Le coronavirus provoque une désorganisation interne dans les banques qui engendre des coûts opérationnels en hausse. La décision de fermeture des écoles en France et de confinement accroit l’indisponibilité du personnel et la désorganisation. Les banques tentent de ne pas laisser tous les collaborateurs en un même lieu. Les méthodes de split working des PCA sont appliquées : Un groupe reste sur le site, un groupe est en télétravail et un groupe part sur un autre site. Les sites de repli sont mis en activité, supposant un coût supplémentaire de fonctionnement. Les activités Front Office des BFI sont confrontées à l’impossibilité de travail à distance pour des raisons légales et d’habilitations.

Les activités classiques du management sont gênées. Le management est monopolisé par la gestion de la crise et pratiquement, les déplacements se limitent.

De façon générale, les coûts opérationnels des banques augmentent avec en parallèle les risques opérationnels. Les process sont ralentis, les incompréhensions peuvent s’accroitre. Les banques sont alors impactées dans la provision pour risques opérationnels qu’elles doivent constituer et par le risque d’une erreur opérationnelle onéreuse.

Enfin, de façon globale, des travaux de place sont rendus plus difficiles. Les activités de production sont privilégiées par rapport aux initiatives de projets.

Réglementation bancaire

La réglementation bancaire risque de mettre en difficulté les banques. Les ratios de solvabilité peuvent largement se dégrader via un effet ciseau. Le numérateur des ratios est constitué par les fonds propres qui seront détériorés du fait de la baisse de la valeur de nombreux actifs se répercutant directement sur le résultats des banques. Le dénominateur est constitué par les actifs pondérés par les risques (en anglais Risk-Weighted Assets - RWA) qui risquent d’augmenter avec la détérioration des notes prudentielles des clients. Tout tend à faire baisser les ratios de solvabilité. Les banques ont demandé le report du relèvement du taux du coussin de fonds propres de 0,25 à 0,5% en avril 2020 afin de ne pas être encore plus pénalisées. Le recours au crédit de trésorerie pour aider les entreprises pèsera aussi sur le LCR. Certaines banques ont par ailleurs annoncé la mise en place de reports d’échéances jusqu’à six mois pour les clients corporate les plus impactés, ce qui se traduira par une diminution des flux entrants et donc une dégradation du ratio LCR. Des banques ont demandé l’autorisation afin de pouvoir utiliser les excédents de liquidité à un mois. La BCE a accepté que les banques puissent temporairement être en-dessous de 100% pour le LCR.

En prévision d’une crise longue, les banques demandent également le report de certaines normes à plus long terme comme le MREL et le nouveau défaut.

Des banques allemandes demandent une souplesse dans l’application des normes IFRS9 car elles établissent un lien fort avec le PIB. Les normes IFRS9 provoquent une inscription plus rapide des impacts de la décroissance dans les comptes et une plus forte volatilité des résultats.



Les banques ont annoncé leur difficulté pour réaliser les stress tests pour des raisons opérationnelles. La BCE a reporté les stress tests en 2021. On peut aussi s’interroger sur la pertinence de réaliser le stress sur une date d’arrêté pré impact du coronavirus et sur la validité des scenarii au regard de la crise actuelle.

Il peut paraitre paradoxal que des assouplissements soient demandés au moment de la crise alors que le fondement des régulations est de protéger les banques en cas de crise.

La crise du coronavirus interroge sur l’efficacité du corpus de réglementation depuis Bâle II décidé en 2004 et renforcé par Bâle III en 2010 sur la liquidité et qui a pour vocation de renforcer le système bancaire avec des exigences en capital, des normes comptables et le mécanisme de surveillance (MSU). La multiplication des réglementations a-t-elle rendue les banques plus résiliantes en cas de choc ? Les régulations sont-elles adaptées à une crise comme celle du coronavirus ou sont-elles uniquement adaptées aux chocs économiques instantanés ? Nonobstant, la réglementation a eu des apports positifs en amenant plus de transparence dans la communication financière et en accélérant la production d’indicateurs de pilotage et la pratique de stress tests internes. Elle a aussi mieux encadré et protégé les banques contre le risque de défaut. Toutes ces exigences ont renforcé les systèmes d’information et ont amené des pratiques plus analytiques et plus agiles. La crise va être révélatrice et permettre d’éprouver ces dispositifs en situation réelle.

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