La téléconsultation : un potentiel révélé par le COVID 19 ?

Chaque année, les Français prennent plus de 400 millions de rendez-vous pour consulter un professionnel de santé. Entre 1 à 2% des consultations sont réalisées à distance[1], pourtant le dispositif de téléconsultation est autorisé depuis 10 ans, remboursé partiellement par la sécurité sociale depuis bientôt 2 ans, et promu par certains assureurs et mutuelles Santé. En dépit des volumes encore faibles, les perspectives de ce dispositif sont a priori prometteuses en France selon une étude Odoxa : 

60% des Français et 70% des médecins et infirmières ont une bonne opinion de la télémédecine (dont la téléconsultation fait partie)[2].

Une crise sanitaire agissant comme un catalyseur pour le développement de la téléconsultation dans la durée.

Dans le contexte actuel d’urgence sanitaire, le gouvernement a publié le 19 mars 2020 un décret facilitant le recours à la téléconsultation pour les personnes présentant les symptômes de l’infection ou reconnus atteints du Covid-19. La téléconsultation est temporairement remboursée à 100% par la sécurité sociale.

Face à l’explosion de cas liés (ou non) au COVID 19 et à leur caractère fortement contagieux (2 fois plus que la grippe saisonnière), le dispositif est extrêmement précieux pour enrayer la pandémie, en participant à identifier les cas et à désengorger le système de santé physique. Les facteurs de succès semblent ainsi réunis : des plateformes performantes doublées de réseaux de professionnels de santé (tels Doctolib, Qare, Livi- Kry ou MédecinDirect-Teladoc ou MesDocteurs) sont déjà largement déployées sur le territoire. Par ailleurs, plus de 200 logiciels médicaux sont à ce jour référencés par le ministère de la santé pour effectuer des téléconsultations et des transferts de documents comme des prescriptions entre professionnels de santé et patients[3]. A titre d’exemple le leader français Doctolib a annoncé avoir augmenté par 18 ses téléconsultations depuis 1 mois [4] et les nouvelles adhésions des professionnels de santé à la téléconsultation sont de plusieurs milliers par jour. En France, les opérateurs sont parvenus à maintenir une continuité d’activité en parallèle d’une explosion de la demande et de l’hyper-sollicitation de leurs plateformes IT.

L’engouement pour ce dispositif, sous-utilisé en temps normal, se maintiendra-t-il post-crise COVID 19 ?

A l’issue de la crise sanitaire, la téléconsultation mieux ancrée dans les usages pourrait permettre de désengorger les services d’Urgences[5].

Par ailleurs, la téléconsultation se prête très bien aux consultations « simples » ou de suivi. Elle présente en effet de multiples avantages pour les patients faisant face à l’une des trois situations suivantes :

  • zones à faible densité de praticiens

  • besoins de consultations rapides et sans déplacement

  • besoins spécifiques (p.ex. faible mobilité) comme dans les EPHAD

 

Pour les professionnels de santé et les praticiens en particulier, les gains sont également non négligeables :

  • diminution des temps d’attente d’une consultation (dont la durée moyenne en France est de 18 minutes chez un généraliste[6])

  • automatisation des saisies des données administratives (par exemple les médecins généralistes libéraux qui déclarent travailler en moyenne 54 heures par semaine)[7]

  • suppression de certains déplacements lors de visites à domicile

  • possibilité également de lancer une télé-expertise avec un autre médecin (avec ou sans le patient).

 

Au regard des atouts qu'offrent la téléconsultation, de la bonne opinion qu’en ont les français et de la très forte demande conjoncturelle, il y a fort à parier que ce mode de fonctionnement puisse se généraliser plus massivement à moyen terme. 

Un axe de différenciation pour les assureurs suite à un événement inédit ?

Dans cet environnement, les assureurs et les acteurs de la protection sociale peuvent aussi développer un avantage compétitif en proposant des accès à la téléconsultation à leurs assurés et adhérents et en promouvant ce nouvel usage.

 La différentiation peut se faire soit sur les taux de remboursements, la qualité de l’expérience utilisateur ou la richesse du réseau de professionnels de santé.

Les bénéfices pour les assureurs seront multiples :

  • développer une plus forte proximité client et une meilleure écoute de l’assuré, en densifiant les contacts avec l’assuré et en créant du lien au-delà de l’intermédiaire que joue la sécurité sociale

  • renforcer la relation avec les réseaux de professionnels de santé et autres, en proposant aux assurés un aiguillage plus judicieux et conforme au parcours de soins

  • augmenter les actes de prévention grâce à des téléconsultations plus souples dans l’espace et le temps

  • gagner en réputation et développer l’image de marque grâce à un service de qualité et plus proche de son assuré

 

Outre l’utilité en cas de crise, ces nombreux avantages ne peuvent subsister sans une masse critique de patients et de médecins actifs. Pour cela, l’enjeu post-crise pour les opérateurs et les pouvoirs publics sera double : inciter les professionnels de santé à garantir une partie de leurs consultations en ligne et fidéliser les patients aux téléconsultations pour maintenir des taux d’usage suffisants pour les professionnels de santé

Pour ces raisons, il est nécessaire d’investir et de développer ces dispositifs dans un contexte réglementaire stabilisé et avec des garanties réciproques (protection des données, commissions encadrées, continuité du parcours de soins…).

 

[1] OECD 2018 https://data.oecd.org/fr/healthcare/consultations-medicales.htm (Consultée le 24 mars 2020)

[2] Etude réalisée pour l’Agence du Numérique en Santé et Le Mag de la Santé (publiée le 27 janvier 2020)

[3] Solutions numériques de télémédecine recensées par le ministère https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/editeurs_solutions_de_telemedecine.pdf (Consultée le 24 mars 2020)

[4] The Washington Post https://www.washingtonpost.com/gdpr-consent/?next_url=https%3a%2f%2fwww.washingtonpost.com%2fbusiness%2fthe-doctor-isnt-quite-ready-to-skype-you-now%2f2020%2f03%2f24%2ff3ae5dc6-6dad-11ea-a156-0048b62cdb51_story.html (consulté le 25 mars)

[5] Ce point nécessite la levée de la condition de la visite préalable dans les 12 mois pour permettre d’accéder à un médecin disponible sur des créneaux étendus.

[6] Etude DREES-France Inter https://www.franceinter.fr/sciences/une-consultation-chez-le-generaliste-dure-en-moyenne-18-minutes-un-peu-plus-quand-le-medecin-est-une-femme (Consultée le 24 mars 2020)

[7] Etude DREES-France Inter https://www.franceinter.fr/sciences/une-consultation-chez-le-generaliste-dure-en-moyenne-18-minutes-un-peu-plus-quand-le-medecin-est-une-femme (Consultée le 24 mars 2020)

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