La technologie vidéo au service de la lutte contre le Covid-19.

La lutte contre la propagation du Covid-19 est une lutte internationale dont les enjeux sont exacerbés dans les zones urbaines. En effet, zones à forte densité, les villes peuvent rapidement devenir des nouveaux foyers épidémiques dans lesquels la situation sanitaire devient alors très tendue. La France compte déjà un réseau développé de vidéoprotection dans ses villes les plus peuplées (Nice, Paris, Nîmes, etc.), mais aussi dans ses infrastructures de transport comme les gares, les stations ou les aéroports. Ce réseau est aujourd’hui principalement utilisé à des fins d’investigation, suite à un incident par exemple. Mais il peut aussi être utilisé pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, que ce soit pour améliorer l’application du confinement, mieux maitriser le déconfinement et, à l’avenir, mieux anticiper la survenance d’une nouvelle épidémie.

De nombreux chercheurs et entreprises du monde entier développent de nouvelles technologies permettant d’atténuer les effets de la crise sanitaire mondiale. À l’heure où il est important, pour des raisons de santé publique, que les personnes exposées au virus soient informées qu'elles ont été en contact, un sondage BVA pour Sia Partners publie le 5 avril indique que 75% des Français seraient prêts à accepter que l'on utilise leurs données de géolocalisation en cas de contamination. Plus généralement les Français sembleraient prêts à utiliser les nouvelles technologies dans le but d’endiguer l’épidémie de Covid-19 : l’utilisation de la vidéoprotection semble être une technologie efficace pour atteindre cet objectif, dans le respect des libertés individuelles et en complémentarité avec des dispositifs humains.

NB : en particulier la lutte et la prévention contre le Covid-19 doivent respecter la vie privée des citoyens et en particulier se conformer au Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD). Toutes les solutions présentées ci-dessous peuvent être appliquées en conformité avec le RGPD et la Directive “Police-Justice”.

La vidéo au service du confinement

Aujourd’hui de nombreuses villes ont un réseau de vidéoprotection très développé : avec ses 902 000 caméras, d’après une estimation réalisée par le Ministère des Finances, la France compte un maillage vidéo important, mais encore loin de ses voisins comme le Royaume-Uni qui en compte 2 à 4 millions pour 67 millions d’habitants ou les Pays-Bas avec 1 million de caméras pour 18 millions d’habitants.

Afin de faire appliquer les règles de confinement liées au Covid-19, ce réseau de vidéoprotection peut être utilisé pour détecter certains comportements à risque voire des infractions. Ainsi, la vidéoprotection peut permettre aux municipalités, mais aussi, en coopération avec les Autorités organisatrices de transport qui possèdent un réseau de vidéoprotection très important, de détecter par exemple des attroupements. C’est ce qui est réalisé dans des villes comme Le Mans, Chambéry ou Annecy où des opérateurs vidéo observent les images de vidéoprotection et envoient des patrouilles pour contrôler de potentielles infractions. Le but de cette surveillance est de faire respecter le confinement : elle permet également de réagir en temps réel et de positionner les patrouilles dans les zones les plus sensibles. Cette même surveillance pourrait être appliquée à la ville de Paris pour surveiller par exemple la présence de joggeurs entre 10h et 19h, désormais interdite.

De nouvelles technologies peuvent être mises à disposition d’opérateurs vidéo pour détecter ces événements sûreté de manière plus efficace, permettant de réduire le temps de réaction des équipes de surveillance : il s’agit des technologies de vidéo intelligente. En effet, la vidéo intelligente consiste en l’implémentation dans un réseau de vidéoprotection existant, d’algorithmes d’intelligence artificielle pour détecter certains types d’incidents de manière automatique, par un système d’alerte direct sur les écrans d’opérateurs vidéo. Grâce à ces technologies, il est aujourd’hui possible de détecter de nombreux types d'événements et incidents : Sia Partners a publié une étude avant le premier tour des élections municipales 2020 illustrant l’implémentation d’algorithmes de vidéo intelligente en fonction des incivilités dans les arrondissements parisiens. Plusieurs pays ont utilisé et utilisent ces technologies pour faire respecter le confinement : c’est le cas de la Chine, Singapour, Hong-kong, Israël ou encore la Russie, qui témoignent de l’efficacité de ces dispositifs. Des algorithmes existants pourraient être mis en place dans les municipalités françaises afin de détecter des attroupements, dénombrer les personnes présentes dans une zone ou encore détecter des comportements anormaux en période de confinement comme la pratique du vélo ou de la course à pied durant certaines heures. À titre d’exemple, certaines startups spécialisées dans ces technologies ont mis en place des cartes animées en temps réel permettant de suivre la densité de personnes dans une zone en utilisant le réseau de vidéoprotection existant. Cette connaissance de la densité en temps réel permet aux municipalités de mieux positionner leurs agents et ainsi mieux faire respecter les règles de distanciation sociale.

Ainsi, les technologies de vidéo intelligente peuvent alors être utilisées et être efficaces pour deux finalités différentes :

  • Réaliser des statistiques afin de mieux cartographier certaines zones sensibles et prioritaires dans lesquelles faire appliquer le confinement ;

  • Envoyer les forces de l’ordre sur le terrain afin de verbaliser les contrevenants suite à un signalement auprès d’un opérateur vidéo.

 

D’autres technologies vidéo peuvent également être utilisées et mises en place pour faire respecter le confinement. Des drones sont employés par de plus en plus d’équipes de police comme outils d’aide à l’application du confinement. C’est le cas de villes comme Paris, Ajaccio ou encore Nice qui utilisent ces derniers pour prévenir ou verbaliser certaines personnes qui ne respectent pas les règles. Munis de haut-parleurs, ces drones ont vocation à sensibiliser et permettent de faire passer certains messages ou de rappeler à l’ordre des individus sans masque, comme cela a été le cas pendant le confinement de Wuhan.

Enfin, une brique vidéo pourrait être ajoutée à l’ensemble des véhicules de services publics qui circulent dans les villes dans le cadre de leurs activités : des caméras embarquées permettraient de détecter des comportements anormaux dans le contexte actuel. Des véhicules sont déjà équipés ainsi, aujourd’hui pour filmer l’état de la voirie ou des équipements urbains à des fins de maintenance.

Quelles technologies pour préparer le déconfinement ?

Les applications mobiles s'avèrent être aujourd’hui un support clé dans la stratégie de déconfinement. En effet, le gouvernement français travaille sur la mise en place d’une application « Stop-Covid » permettant d’envoyer une alerte si un individu a croisé une personne déclarée positive au coronavirus ayant elle-même téléchargé l’application. Dans ce sens, Apple et Google ont annoncé début avril dans un communiqué commun qu'ils apporteraient leur expertise en développant une API (i.e. Interface de Programmation Applicative permettant à des applications de communiquer entre elles et de s'échanger mutuellement des informations) de « contact tracing » pour lutter contre l'épidémie.

À l'avenir, à mesure que les restrictions seront levées et que les verrouillages prendront fin, l'utilisation de la technologie aura un rôle à jouer afin d’endiguer la propagation du coronavirus et permettre aux individus un retour à la normale. Là aussi, la vidéo a un rôle majeur à jouer à travers différents cas d’usages :

L’utilisation des caméras thermiques

En 2003, l’épidémie du SRAS (SRAS-CoV) avait déjà enregistré 8 096 cas signalés dans 29 pays et 774 décès. À l'époque, de nombreux pays ont réagi en déployant des capteurs d'imagerie thermique aux points de contrôle frontaliers (aéroports, ports maritimes, postes frontaliers) pour détecter l'un des principaux symptômes du SRAS : la fièvre.

Des pays comme Singapour ont d’ailleurs déployé des technologies de qualité militaire à leurs points de contrôle, permettant une imagerie thermique plus précise que les scanners thermiques radiométriques jusqu’alors disponibles sur le marché. Il s'agissait d'une étape révolutionnaire dans la surveillance « sans contact », dans la mesure où elle supprimait les lecteurs de température personnels chronophages et qui exigeaient que les employés effectuant le dépistage entrent en contact étroit avec les individus.

Des mesures telles que le dépistage thermique (l'une des principales stratégies utilisées pour identifier les personnes affectées traversant les frontières) ont été jugées efficaces pour identifier, mettre en quarantaine et traiter les personnes atteintes du SRAS afin d'éviter une pandémie mondiale. Il s'est avéré efficace à l'époque, et il se montre viable aujourd’hui.

En effet, en partie grâce à son expérience, Singapour ou la « ville la plus intelligente du monde » a réussi à lutter contre la première vague du Covid-19 et à contenir l'épidémie grâce à une grande réactivité et grâce aux nouvelles technologies, liées notamment à la vidéo. Ces technologies ont pu faire leurs preuves, mais Singapour fait aujourd'hui face à une deuxième vague de contamination et se voit imposer des règles de confinement plus strictes, à l'image de ses voisins internationaux. Les différentes technologies, dont la vidéo, doivent s’accompagner de mesures complémentaires, intégrées à une stratégie globale. Dans ce sens, elles permettront d’accroître l’efficacité du confinement et, a posteriori, d’assurer un déconfinement en toute sécurité.

Les caméras thermiques sont utilisées depuis un certain temps maintenant pour détecter les personnes souffrant de fièvre. L'inconvénient de cette technologie est la nécessité qu'un opérateur humain soit présent en permanence. Des caméras thermiques dotées d'une technologie multi sensorielle basée sur l'intelligence artificielle peuvent ainsi être déployées dans les aéroports, les gares, les hôpitaux, les EPHAD, etc. afin de détecter automatiquement les personnes souffrant de fièvre et suivre leurs mouvements en utilisant une brique de vidéo intelligente appelée “Aide au suivi de personne” n’utilisant pas nécessairement de données biométriques et ayant pour but de suivre temporairement des personnes sans lien avec leur identité (couleur des vêtements, accessoires, etc.).

La gestion du déconfinement par la vidéo intelligente

Au fur et à mesure que la situation évolue, les données générées se développent de façon exponentielle. L'intelligence artificielle qui permet de capitaliser sur les données acquises s’installent légitimement comme une composante majeure pour gérer la crise. En effet, la Chine a réussi à démontrer l’utilité de l'intelligence artificielle utilisée comme outil de gestion de crise.

Alors que différents scenarii de déconfinement sont en discussion, le retour à la vie sociale normale n'est pas à l'ordre du jour. Certaines mesures barrières, telles que le port du masque obligatoire ou encore le respect d’une distance de sécurité d'au moins un mètre entre les personnes, devront certainement être adoptées pour éviter une deuxième vague de contamination.

Afin de faire respecter ces deux mesures phares, deux cas d’usages de vidéo intelligente peuvent être modélisés :

  • Port du masque : Des solutions de détection de masque utilisant des caméras de vidéoprotection existantes associées à la vision par ordinateur existent déjà sur le marché. L’algorithme permet de détecter et alerter en temps réel du non-respect du port du masque dans les zones préalablement définies.

  • Distance de sécurité : Des algorithmes classiques de vidéo intelligente qui ont la capacité de calculer la distance entre les pixels d’une image peuvent répondre à ce cas d’usage. Cependant, la difficulté réside dans la distinction entre des personnes d’une même famille (regroupées dans un même domicile) et les autres.

 

Au-delà d'apporter une réponse à la crise actuelle, les gouvernements doivent tirer des leçons et éviter de commettre les mêmes erreurs si une telle pandémie venait à se reproduire. Les mesures décrites ci-dessus, pouvant être mises en place dans l'urgence, permettraient de contenir le problème actuel. Par ailleurs, elles devront s’inscrire dans une stratégie, plus globale, ayant vocation à anticiper d’autres crises et répondre plus rapidement aux urgences.

Cette stratégie plus globale doit permettre d’anticiper l’éventualité d’une saisonnalité de l’épidémie ou, du moins, anticiper l’arrivée d’une épidémie semblable. En termes de vidéo, cela signifie mettre en place une infrastructure robuste afin d’assurer la disponibilité des moyens de vidéoprotection au service de ces crises d’un nouveau genre. Cette infrastructure couplerait l’usage d’algorithmes de vidéo intelligente et de moyens humains : le travail des patrouilleurs vidéo pourra être amené à évoluer par exemple pour répondre à cet impératif de complémentarité. En effet, alors que jusqu’ici l’objectif principal de la vidéoprotection était d’assurer la sécurité des biens et des personnes en ciblant les différents types de délinquance ou d’attaque terroriste, il est désormais nécessaire d’anticiper ce nouveau type de crise et de former le personnel impacté en conséquence. Cela passe aussi par un cadre légal adapté voire un réaménagement des technologies déjà en place afin de les adapter à ces crises sanitaires.

Il faudra également redoubler de vigilance et continuer d’assurer la santé des personnes tout au long de l’année : l’utilisation des réseaux de vidéoprotection peut être d’une grande utilité. Ceux-ci constitueront une solution efficace afin d'apporter une réponse rapide en cas de nouvelle épidémie en identifiant rapidement les zones à risques et en permettant de garantir des mesures de distanciation sociale.

Fort de son expertise en Intelligence Artificielle, Sia Partners est en mesure d’accompagner les collectivités locales, les opérateurs de transports ou encore les gestionnaires infrastructures (ex : aéroports) pour rendre intelligents leurs réseaux de vidéoprotection et les guider pour définir une stratégie adaptée à leurs besoins.

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