SNCF TER face au Covid-19 : comment faire revenir les usagers à l’issue de la crise ?

Les mesures de confinement du printemps ont eu pour effet une baisse généralisée des déplacements et de la fréquentation des transports publics.

L’équation économique du TER s’en trouve fortement déséquilibrée avec un effondrement des recettes commerciales, une tension sur les subventions régionales et des coûts qui restent fixes, contraignant la SNCF à placer une partie de son personnel en chômage partiel et accentuant encore les déficits engendrés par les grèves de l’hiver.

La sortie de confinement s’avère tout aussi délicate avec un impact important sur les opérations et la capacité des trains. La SNCF doit prendre des mesures fortes afin de restaurer la confiance des voyageurs et démontrer qu’elle est une organisation agile et réactive

Baisse du trafic TER et effondrement des recettes

Selon une étude récente basée sur les traces GPS, le confinement aurait engendré une baisse des déplacements de l’ordre de 80% en France, touchant plus particulièrement les transports en commun avec une diminution de fréquentation de l’ordre de 85% [1].  Selon cette étude, la perte de recettes commerciales pour le transport public se situerait entre 1,8 Md€ et 2,6 Mds€ en fonction du scénario retenu.

Une circulation de 16% des TER au niveau national pendant le confinement. [2]

Les recettes commerciales permettent de couvrir un quart des coûts du TER, les trois quarts restants étant supportés par les contributions régionales.

L’ensemble des abonnements aux services TER (soit près de 30% des recettes commerciales) sera remboursé par la SNCF pour le mois d’avril [3]  avec une extension probable de ce dispositif exceptionnel aux mois de mars et mai.

Face à ces pertes de revenus considérables, des discussions sont menées avec les Conseils régionaux, autorités organisatrices des TER, afin qu’ils continuent de verser leur contribution au service de transport ferroviaire.

Les autorités organisatrices de transport sous tension

Les Conseils régionaux, pourraient donc être appelés à combler la baisse des recettes commerciales de la SNCF. Toutefois, leur équilibre financier se fragilise également car les taxes perçues par les Régions sont sujettes à évolution : La taxe sur les cartes grises, TICPE ou encore CVAE pourraient être amputées par la baisse de l’activité économique. Concernant la fraction de TVA perçue par les Régions, sa baisse sera ressentie en 2021 car il y a un décalage dans le temps, tout comme la CVAE [4]

Enfin, le recours massif au chômage partiel a pour conséquence une diminution du versement mobilité, lié à la masse salariale des entreprises, estimée à un milliard d’euros pour l’ensemble des autorités organisatrices de mobilité. [5]

Le maintien de l’essentiel des coûts structurels

SNCF TER peut difficilement adapter ses coûts à ce contexte de crise, car la plupart sont incompressibles sur le court-terme :

La masse salariale (27 000 agents) peut être réduite par des mesures de chômage partiel, mais la baisse du trafic n’entraîne pas une diminution proportionnelle de toutes les fonctions du transport ferroviaire (centres de supervision, directions de lignes, centres de maintenance, RH, finance, …).

Le chômage partiel aura un impact particulièrement notable sur les rémunérations de certains personnels, car il recouvre 70% de la rémunération brute, mais sans prise en compte des éléments variables qui représentent pour certains métier une part importante du salaire ;

Les coûts de maintenance risquent d’augmenter du fait de l’instauration des mesures de sortie de confinement (voir à ce sujet notre article du 17 avril sur les mesures de sortie de confinement dans les transports publics [6]) ;

Toutefois, SNCF TER bénéficie durant cette période de la baisse des coûts liés à l’énergie ainsi que de ceux liés aux péages ferroviaires (mais qui impacte SNCF Réseau). Les coûts liés à l’investissement dans le matériel roulant sont supportés par les Conseils régionaux, et n’ont donc pas d’incidence directe sur les finances de SNCF TER.

Une sortie de confinement à fort enjeu pour le Transport Régional de Voyageur

Les opérateurs de transport public font face à des difficultés majeures pour assurer le respect des mesures sanitaires : distanciation, limitation de la capacité à un siège sur deux (deux sur trois dans le meilleur des cas), suppression des échanges d’argent, limitation des opérations de contrôles, etc. De plus, ces difficultés sont susceptibles d’être perçues par les usagers comme un risque sanitaire supplémentaire.

La part des modes de transport individuels (véhicule privé, mais également marche, vélo et trottinette) risque d’augmenter à l’issue du confinement. Si la particularité de la période traversée ne permet pas encore d’établir des changements de pratique de mobilité importants, c’est seulement lors de la reprise des déplacements à grande échelle qu’il sera possible de mesurer l’incidence des mesures de distanciation sociale sur les habitudes des Français.

La poursuite des dispositifs de télétravail, le report des usagers du TER vers les modes de transport individuels et de manière générale la limitation des déplacements non indispensables à la vie économique sont de nature à entrainer des baisses de fréquentation durables ainsi que d’enrayer la dynamique du report modal en faveur des transports collectifs observée ces dernières années dans les grandes villes.

Il sera nécessaire d’étudier la capacité de TER à augmenter son offre en nombre de places : multiplication des rames à unités multiples, voitures à deux niveaux, … Il reste que la SNCF compose avec un parc limité, et l’investissement dans le matériel roulant est inscrit dans des programmes politiques à horizon pluriannuel. Dans une certaine mesure, la SNCF pourrait étudier une augmentation de l’utilisation des rames, qui roulent environ 4 heures par jour, mais cela implique un travail important consistant à réétudier l’ensemble des roulements ainsi qu’un impact significatif sur les coûts d’exploitation et de maintenance.

Un retour aux basiques du transport

Afin de restaurer la confiance et relancer la fréquentation des trains, SNCF TER doit prendre des mesures fortes de sortie de crise pour garantir la santé et la sécurité des voyageurs, notamment aux heures de pointe et assurer un service régulier et fiable, ce qui nécessite de trouver un nouvel équilibre dans l’assemblage complexe des ressources qui entourent le transport ferroviaire (sillons, matériel, personnel, maintenance, …).

Enfin, cette baisse de trafic et de fréquentation s’inscrit dans le contexte déjà délicat de reconquête des usagers depuis la fin du mouvement social qui s’est tenu entre décembre 2019 et janvier 2020. L’instauration de mesures commerciales, telles que des réductions sur les abonnements ou des offres promotionnelles permettra à la SNCF de redonner l’impulsion nécessaire pour le retour vers les transports collectifs.

Cette crise sanitaire constitue une opportunité pour la SNCF de prouver qu’elle est une organisation agile et réactive

Peu avant le pic de l’épidémie de Covid-19, la SNCF a su se mobiliser pour permettre le transfert de malades du Grand Est vers des hôpitaux de l’Ouest de la France par TGV médicalisé.

SNCF TER devra tirer parti de cette période de bouleversements pour améliorer son expérience client et répondre au mieux aux attentes formulées par les Conseils régionaux. Elle pourra s’appuyer sur des initiatives et des réflexions amorcées avant la crise comme le développement des moyens de distribution numérique et sans contact, les réflexions sur la mise en place de portiques pour limiter les contrôles humains ou encore la connaissance en temps réel de la fréquentation des rames. Autant de défis à relever pour une organisation qui se veut de plus en plus agile et réactive.

 

Principales sources :

- Sites internet des opérateurs de transport ferroviaire et de la Caisse des Dépôts & Consignations

- Articles de Ville Rail & Transport et Le Parisien (liens consultables en bas de page)

[1] https://www.ville-rail-transports.com/lettre-confidentielle/la-crainte-du-retour-au-tout-automobile/

[2] https://www.ville-rail-transports.com/ferroviaire/la-sncf-va-recourir-au-chomage-partiel/

[3] http://www.leparisien.fr/economie/coronavirus-la-sncf-rembourse-les-abonnements-d-avril-31-03-2020-8291061.php

[4] https://www.banquedesterritoires.fr/consequences-de-la-crise-sur-la-fiscalite-locale-les-premieres-estimations-de-bercy

[5] https://www.banquedesterritoires.fr/elisabeth-borne-la-crise-que-nous-traversons-ne-remet-pas-en-cause-les-priorites-du-gouvernement-en?pk_campaign=newsletter_quotidienne&pk_kwd=2020-04-17&pk_source=Actualit%C3%A9s_Localtis&pk_medium=newsletter_quotidienne

[6] https://transport.sia-partners.com/20200417/les-transports-publics-lepreuve-du-covid-19

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